Développement personnel·Tennis

Pourquoi je joue au tennis

J’écris cet article de blog à l’âge de bientôt 61 ans. J’ai commencé le tennis vers 35 ans. C’était à la base en remplacement du volleyball. Mon dos n’encaissait plus les sauts. Parfois, les douleurs duraient trois jours. Lorsque j’ai travaillé à Adtranz-Bombardier, il y avait des courts de tennis juste en face des bureaux. C’est là que j’ai frappé mes premières balles avec un collègue.

Lorsque j’ai pu à peu près jouer au tennis, je me suis inscrit au club de Bremgarten. D’abord le vendredi soir au « Happy Hour » comme ça s’appelait. On était parfois une vingtaine de joueuses et joueurs. C’était en double. Le tirage au sort du partenaire se faisait par cartes à jouer.

J’ai commencé à prendre des cours privés pour améliorer mon niveau. Mon premier prof était tchèque, Jiri Granat. C’était un ex-joueur de la Tchécoslovaquie, meilleur classement à l’ATP N° 68.

J’ai rapidement commencé à jouer des tournois. La première année, j’ai dû perdre presque 40 matches, contre 1 match gagné. Pour être honnête, cet adversaire avait un handicap, une sorte de trisomie.

Le tennis permet de vivre plus longtemps

À mon âge, le nombre d’années restantes en bonne santé à pouvoir jouer sans handicap est une question clé. D’après plusieurs études, le tennis est le sport qui prolonge le plus l’espérance de vie, soit jusque presque 10 ans de plus, en comparaison d’une année et demie pour un club de fitness.

Ayant survécu à pas mal d’évènements traumatisants, dont 9 graves psychoses, j’ai bien l’intention de profiter du temps qu’il me reste à vivre en bonne santé. Des connaissances et des amis sont morts entretemps. Je pense par exemple à Stefan Bächli, le gérant du centre de tennis d’Urdorf, mort d’une crise cardiaque à 51 ans lors de ses vacances aux Seychelles en décembre 2023. Je pense également à mon ami Patrice, atteint progressivement de multiple sclérose d’où une incapacité à l’âge de 56 ans de continuer à jouer. Je pense à Vojko, mon psychiatre pendant une vingtaine d’années, devenu un ami et un partenaire d’entraînement. Il a disparu après sa deuxième tentative de suicide en avril 2015. Ci-dessous une photo de nous deux en janvier 2015, quatre mois plus tôt.

La vie tient parfois à un fil. La balle est souvent retombée du bon côté du filet pour moi. Comme dans le film Match Point, voir mon article de blog à ce sujet. Un jour, ça s’arrêtera pour moi aussi. Je pense léguer une petite partie de ma fortune à PlusSport par exemple, pour soutenir le sport chez les handicapés en Suisse.

Le tennis est un jeu

C’est un sport, mais c’est surtout un jeu aux multiples facettes.

Je pense que le tennis permet non seulement de rester jeune, mais de répéter des comportements de jeunes enfants à l’âge adulte. Le fait de s’entraîner avec des partenaires oblige à continuellement convenir de dates et heures de rendez-vous. Ça me rappelle les moments où on organisait des rencontres entre enfants pour jouer.

Le tennis est un jeu. Même ceux qui ne souhaitent pas jouer pour des points se concentrent sur l’amélioration ou le maintien de leur niveau de jeu.

Le fait de compter les points motive à donner la meilleure performance possible, même à 80 ans. C’est ce que je vois lors de mes petits matchs en double à Schinznach Bad avec des joueurs ayant une moyenne d’âge de 75 ans.

Le tennis est social

C’est évident. Pour pouvoir jouer régulièrement avec un partenaire ou en double, il faut être capable de s’entendre un minimum avec les autres participants ou participantes.

Les discussions peuvent avoir lieu autour de thèmes sensibles, comme la politique, le réchauffement climatique ou comme durant la pandémie, la vaccination contre la COVID. Le fait d’avoir une passion commune permet d’aplanir les différences d’opinion et d’essayer de partager son point de vue ou ses connaissances. Un de mes amis/partenaires de tennis a par exemple retransmis un post Facebook expliquant que le CO2 est bon pour les arbres, donc pourquoi voir autant de problèmes autour de ce sujet? Une petite recherche Internet m’a permis de répondre à son post en soulignant que c’est le CO2 dans la stratosphère qui crée un effet de serre.

Ci-dessous une photo d’un week-end prolongé au Schluchsee, en Forêt-Noire, avec l’équipe de Bremgarten en 2012.

Un club de tennis, c’est un peu le panier à crabes… On se mordille mutuellement pour voir si on est encore en vie… On se raconte les petites et les grandes histoires !

Le tennis est une école de réparation et d’espoir

Certains aiment restaurer des voitures de collection ou s’occuper de bricoler à l’intérieur de leurs maisons. Le tennis, c’est à peu près pareil. C’est toujours en chantier pour quelque chose. Par exemple pour améliorer son coup droit, éviter de donner des points bêtement à l’adversaire, essayer une nouvelle raquette ou tester le dernier conseil reçu.

Le tennis me donne l’impression de pouvoir revenir en arrière dans le film et de pouvoir rejouer la scène en mieux. C’est aussi une école cultivant l’espoir. De janvier 2014 à fin 2016, j’étais incapable d’avoir la coordination pour toucher une balle. Mon excellent service avait disparu. J’arrivais à peine à jouer dans le petit terrain. J’avais renoncé à pouvoir rejouer correctement. Eh bien, l’espoir tenant à un fil m’a permis de revenir sur les courts.

Le tennis me donne l’impression de rattraper le temps perdu…

Le tennis est une recherche d’harmonie

Quand on regarde les pros, on est fascinés par la fluidité et l’efficacité de leurs gestes. Et encore… la perspective des retransmissions télévisées écrase la vue du court et donne une perception ralentie du jeu.

Le tennis permet de dépenser à l’américaine

Ça doit être similaire au sentiment des golfeurs. Le tennis et le golf sont des sports accessibles aux amateurs. Ce sont des sports assez coûteux si on y va franchement. Pour moi, dépenser beaucoup d’argent au tennis me fait du bien… C’est similaire aux sentiments des Américains lorsqu’ils se laissent aller au shopping…

En octobre 2017, ma femme et mon fils ont fait une demande de curatelle à la mairie de notre lieu d’habitation. La raison était des dépenses irréfléchies lors de ma dernière psychose en août 2017. Si la juge leur avait donné raison, je n’aurais sans doute pas pu recommencer à jouer au tennis. La réhabilitation technique et physique a été un processus très coûteux.

Donc là, j’ai l’accès au compte en banque et j’en profite dans les limites de nos revenus, plutôt larges. Le niveau de mes dépenses pour le tennis en 2023 est affolant, même scandaleux et provocateur pour des lecteurs potentiels, donc je préfère ne pas le mentionner. À noter que certaines dépenses comme les programmes de coaching en ligne sont à caractère unique.

Le tennis est une école de vie et de travail

J’avais plutôt du mal à vraiment accepter la hiérarchie au travail. Au tennis, la hiérarchie du classement est implacable. C’est sur le terrain et lors des matchs que ça se décide. Un niveau de jeu d’une catégorie au-dessus de son propre niveau est souvent inatteignable, même si on a l’illusion à l’entraînement d’y arriver presque. Et deux niveaux au-dessus, aucune chance de gagner le match. Des niveaux, il y en a plus d’une dizaine sur l’échelle de classement…

Le tennis comme le sport en général développe le goût de l’effort. Au tennis, on peut travailler de multiples facettes, ce qui représente une richesse et permet la diversité dans la recherche de l’effort. Certains voient la technique en priorité, d’autres le mental, d’autres la liberté de l’esprit.

Le tennis est une recherche d’excellence

C’est bien sûr un terme relatif. L’excellence absolue comme celle de Federer, Nadal, Djokovic est hors de portée. Mais de rechercher à utiliser son potentiel de manière optimale prend tout son sens.

Le tennis permet d’agrandir son territoire

La schizophrénie, c’est le contraire. C’est une réduction du périmètre de vie à son appartement, voire son lit dans sa chambre à coucher. J’ai vécu ça durant un bon moment… De 2014 à 2019, tout me semblait loin loin loin, inaccessible… D’aller au fitness était de plus en plus difficile. Je préparais parfois mes affaires en renonçant à y aller… alors que c’est seulement à quelques minutes de chez moi.

Le tennis me fait sortir de chez moi, prendre le train et le bus, où je côtoie du monde. Quand je vais à Schinznach Bad, les étudiants remplissent le bus pour aller à leurs cours. Ou dans le train vers Dietikon, je m’assieds à côté de ceux qui se rendent à leur travail le matin ou en reviennent le soir.

Habituellement, je bois un cappuccino avant l’entraînement ou autre chose après, selon la situation (bière à Urdorf, jus de pomme coupé à l’eau gazeuse à Schinznach Bad ou un petit verre de vin blanc).

Le tennis permet de maîtriser ses émotions

C’est évident lors des phases de jeu, mais ça aide également dans la vie courante.

Le tennis développe l’instinct de chasseur

Jouer des points, battre un adversaire, s’améliorer sont des objectifs sains. D’aller à un tournoi de tennis s’apparente à une chasse… On prépare son équipement et on se prépare mentalement pour se donner les meilleures chances de réussite. Développer cet instinct de chasseur est certainement bénéfique pour l’organisme. Ça doit réactiver le sentiment de survie des hommes préhistoriques.

Le tennis permet le saut dans l’inconnu

La progression semble toujours possible. C’est à portée de main, mais souvent on n’y arrive pas tout à fait. Cette perspective est fascinante. D’arriver à faire des choses nouvelles ou en amélioration est une très forte motivation à continuer à s’entraîner.

La fascination du conseil magique qui change tout

Le joueur de tennis, surtout si c’est un intellectuel, se laisse facilement convaincre d’un argument magique dont l’application résoudra tous ses problèmes. Un de mes partenaires pense que la clé d’un bon service, c’est d’avoir le coude en avant juste avant la frappe.

La récompense de faire simple au lieu de compliqué

Les images des pros sont trompeuses. On a par exemple l’impression qu’ils préparent leur raquette très haut en coup droit et brossent la balle de bas en haut. En réalité, leur raquette traverse la balle avec une trajectoire presque horizontale, le corps se soulevant lors de la frappe.

Le tennis, ça occupe

Organiser les rendez-vous, s’occuper des réservations, remplir mon agenda, oui, ça m’occupe!

Je suis souvent parti cinq ou six bonnes heures de chez moi … C’est un remède contre l’ennui.

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